jeudi 30 avril 2026

Les missions de presta : 1) junior = oubliette


J'ai plusieurs fois évoqué la prestation. L'avant, le quotidien, la fin... Mais une mission de prestation, ça s'articule comment ?

En fait, tout dépend si vous êtes débutant ou expérimenté. Avec bien sûr des nuances entre les deux.

Commençons donc par le junior.

La mission
En général, vous êtes embauché pour un projet sur le long terme : nouveau produit, réorganisation interne, obtention d'une certification, délocalisation d'un site, nouvel ERP... Dans une grande entreprise, ce genre de choses prennent très vite des années. D'ailleurs, vous découvrez que vous remplacez quelqu'un, qui lui-même remplaçait quelqu'un, etc.

Démarrage
On vous installe dans un plateau-presta. Mais ce n'est pas grave, car vos collègues vous envoient un teams à chaque pause. D'ailleurs, pour votre travail, vous utilisez essentiellement Teams et Excel. L'équipe projet étant dispatchée aux quatre coins du monde. Vous avez des points réguliers d'avancement avec votre chef, côté entreprise-cliente.
Là, a priori, le temps est au beau fixe. Si vous faites du bon boulot, vous allez passer interne. Du moins, c'est ce que vous pensez. Pourtant, sans le savoir, vous êtes passé pas loin du game over. Car la première semaine, le premier mois, vous êtes jugé en permanence.

Quelques semaines plus tard
Les grains de sable apparaissent. Le jour du point, votre chef a un empêchement. Puis cela se reproduit, la fois suivante. Au lieu de venir jusqu'à votre plateau, il préfère un Teams. Vous découvrez a posteriori qu'il y a eu un after. Mais comme vous n'étiez pas physiquement dans le service, on a oublié de vous inviter.
Vous avez le sentiment d'être à l'écart. Ca sent le faisandé. Mais vous, vous êtes trop naïf et trop inexpérimenté pour voir que vous êtes sur une mauvaise pente.

Quelques mois plus tard
Des collègues sont remplacés et on ne vous prévient pas. En plus, vous auriez pu candidater pour l'un des postes et passer interne... Côté projet, il y a aussi du changement dans la nomenclature. Le nouveau chef de projet est moins enjoué que le précédent. En prime, dans le cabinet de conseil, la personne qui vous suivait part ! Côté entreprise-cliente, cela fait des semaines que vous n'avez pas parlé à votre chef. Les pauses, vous les prenez avec les autres prestataires, vu que vos collègues ne vous invitent plus.
C'est généralement là que beaucoup de gens commencent à chercher un autre travail. Certains démissionnent carrément, avant même d'avoir une solution de repli. Vous, vous songez davantage à votre CV. Partir au bout de quelques mois, c'est suspect...

Quelques années plus tard
C'est devenu un projet-zombie, que l'on maintient pour faire plaisir au DG. Le déploiement est quasi-interrompu. A cause du turnover, beaucoup d'intervenants sont "acting". La réunion de suivi est régulièrement annulée et lorsqu'elle a lieu, il n'y a que trois pelés. Vous avez vu défiler plusieurs commerciaux, dans le cabinet et même votre manager, côté entreprise-cliente, est parti ! C'est tout juste si l'on sait que vous êtes là. 
Là, le consultant junior a deux attitude diamétralement opposées :
- Certains profitent du vide. Ils s'offrent cinq jours de "télétravail" par semaine. Ils préfèrent gérer leur "boutique" sur Vinted ou sur LeBonCoin.
- D'autres - plus nombreux -, continuent à venir de 9h à 19h. Comme ils sont les seuls à assister aux réunions du projet, on leur attribue les tâches dévolues à d'autres. Ils sont persuadés qu'ils ont encore leur chance de passer interne. D'ailleurs, ils portent fièrement le body-warmer de leur entreprise.

mardi 28 avril 2026

Moi, moi, moi !


Les offres d'emploi sont rarement terribles. Parfois, Cadremploi va jusqu'à vous dire : "Il n'y a aucune offre correspondant à vos critères de recherche. Voudriez-vous élargir ?" Vous désespérez de retrouver du travail. Et bien sûr, zéro mails, zéro coups de fil. Vos seuls messages sur Linkedin, ce sont des formations bidons sur l'IA.

Puis vous voyez l'Annonce. Le profil recherché est très, très précis. Surtout, cela correspond à des compétences que VOUS possédez. A croire que cette annonce a été rédigée pour vous !
Là, c'est l'euphorie. L'annonce promet un CDI, bien payé et à deux pas de chez vous. Un emploi stable, enfin ! De l'argent, enfin !
La lettre de motivation n'est qu'une formalité. Vous précisez que vous rentrez bien dans la case, en démontrant que vous possédez ces compétences. Encore une fois, on parle d'un besoin très précis. Dans toute la France, vous devez être cinq à pouvoir postuler.
Vous cliquez sur "envoyer le mail" avec un sourire triomphant. Vous préparez déjà votre speech pour le recruteur. Vous vous imaginez déjà, travaillant pour l'entreprise X. A coup sûr, c'est le début d'une grande aventure...

Sauf qu'on ne vous rappelle pas. Et une semaine plus tard, l'entreprise vous envoie une lettre-type : "Nous avons bien reçu votre candidature, mais malgré quelques points intéressant, nous ne pouvons donner suite."
Que s'est-il passé ? Qui a écarté à tort votre CV ? Une IA complètement pêtée ou une stagiaire RH ? Vous ne le saurez jamais. Là, vous hésitez entre la colère et le désespoir. Car la sortie du tunnel, elle n'est pas pour demain...