En ce moment, on parle beaucoup de Jason Arday. Comment a-t-il rester trois ans en poste à Cambridge, malgré sa mythomanie évidente ? Il faut bien comprendre comment le menteur est traité en entreprise.
Lorsque je conseillais de mentir sur son CV, je parlais de petits mensonges. Si vous avez un niveau A1 en anglais, dites que vous avez un niveau A2. Si un emploi s'est terminé en mars et que vous n'avez repris une activité en juin, dites que vous êtes parti fin mai. Des petites choses pour fluidifier votre parcours. Et paradoxalement, si vous ne corrigez pas les "anomalies" de votre CV, on pourrait vous traiter de menteur !
Certaines personnes n'hésitent pas à balancer un gros mensonge. Parfois, c'est simplement pour avoir une bonne image. J'ai eu plusieurs cas de nouveaux venus se présenter et quelque chose cloche dans leur CV. D'emblée, vous n'avez pas confiance en la personne. Après, vous n'avez rien à gagner et tout à perdre à en parler à votre manager. La délation est rarement appréciée. Qui plus est, votre manager aura du mal à admettre qu'il a embauché un canard boiteux... Dans le cas de Jason Arday, l'administration de Cambridge a écarté les doutes sur son prof. Le seul cas où la délation est tolérée, c'est un métier demandant obligatoirement des certificats ou des diplômes. Là, le menteur pourrait être un danger pour lui-même ou pour les autres.
Après, il y a des menteurs compulsifs, qui mentent en permanence. En général, cela va de pair avec le vol, les absences injustifiées, les notes de frais douteuses, les KPI bidonnés, etc. C'est une culture du "pas vu, pas pris". Le menteur est persuadé d'être plus malin que les autres. Il pense que ses méfaits sont passés sous le radar. Personne ne lui a jamais rien dit, donc il continue ! En fait, tout le monde est au courant.
Dans la vraie vie, les gens ne se lèvent pas en disant : "Cette personne est un menteur !" Non, ils font semblant d'acquiescer, mais ils perdent confiance en la personne. Parfois, même la hiérarchie est au courant ! Petit à petit, le menteur sera ostracisé. Tout ce qu'il dira ou fera, sera systématiquement pris avec des pincettes. Jusqu'au jour où la hiérarchie le dégagera, à moins qu'il ne décide de partir de lui-même.
La mythomanie, comme Jason Arday, c'est une pathologie. Il ne s'agit pas d'un mensonge par intérêt ; le mythomane a envie de captiver son auditoire en permanence. Il juge sa vie trop banale et il s'en invente une autre. Il ne cherche même pas de la cohérence : Jason Arday se prétendait tour à tour footballeur, marathonien ou grand écrivain.
Aujourd'hui, les menteurs ont tendance à se multiplier. Les entreprises ont pour politique de "diversifier les talents", notamment vers les quartiers difficiles. Ce sont des personnes qui n'auraient pas été embauché dans des conditions normales, faute d'avoir les compétences (théorique et/ou pratique) ou la motivation. Or, dans les cités, le mensonge est perçu comme un élément fondateur : c'est un outil pour gravir les échelons et pour masquer ses faiblesses.
Alors que jusqu'ici, on croisait des menteurs de tout âge, de tout sexe et de tout niveau hiérarchique, on voit désormais un portrait-robot du menteur se dessiner... Le souci, c'est que ces personnes n'aiment pas être prises à défaut. Quitte à s'en prendre physiquement à celui qui met en cause la véracité de leurs propos ou de menacer celui qui compte dénoncer le mensonge.

















