Lorsque vous cherchez un emploi, aujourd'hui, vous devez forcément passer par LinkedIn. Mon conseil, c'est d'y aller une ou deux fois par jour. Coupez les notifications et ne regardez pas votre mur...
LinkedIn remonte à un temps d'avant les réseaux sociaux. Lorsque l'on cherchait à connecter les particuliers entre eux.
La première étape, en 2001, ce fut Copain d'Avant. Un site pour retrouver ses anciens camarades de classe. Viaduc (devenu depuis Viadeo) transposa cela au monde professionnel. C'était basique : vous disiez où et quand vous aviez travaillé, point. LinkedIn arriva des USA en 2008. A l'origine, comme Viadeo, il proposait un genre de CV en ligne. Mais vous ne pouviez contacter que des proches ou des gens ayant supposément travaillé avec vous.
L'internet a fait des pas de géant durant les années 2010. LinkedIn a su en profiter et doubler Viadeo : ajout de davantage de texte, de photos, de logos... Pour le chercheur d'emploi, c'était l'occasion de détailler davantage ses expériences. On rempli souvent son profil au fil de l'eau. Les recruteurs peuvent donc davantage cerner un candidat... Et ceux qui modifient, voire s'inventent des expériences, via les écarts avec le CV... Les DRH en profitent pour cibler les faux employés et les employés un peu trop bavard sur des projets confidentiels.
Malgré tout, LinkedIn était un moyen d'accéder au fameux "marché caché de l'emploi"...
Puis, durant les années 2010, tout devait devenir "social". LinkedIn s'est doté d'un chat et surtout, d'un mur pour poster ses actualités. Il y a aussi des offres d'emploi ; mais le site les mets à jour tous les 36 du mois, donc passons vite dessus.
Si vous êtes une entreprise, le mur est utile pour communiquer. D'ailleurs, avant un entretien, c'est toujours utile de se rencarder sur les actualités de la société X, via LinkedIn. Le réseau vous donnant la parole officielle, alors que la presse pro va souvent aborder les sujets qui fâchent - et qu'il faut éviter d'évoquer -.
Mais LinkedIn, c'est avant tout un nombre infinitésimal d'autoentrepreneurs, de consultants, de coachs indépendants, etc. qui cherchent désespérément à exister. Solution : spammer son mur avec une histoire excessivement dramatique, pleine de jargon pro et d'anglicismes. Par exemple : "Au petit-déjeuner, j'ai voulu manger une tartine à la confiture. Arrivé à mi-tartine, je n'avais plus de confiture. C'est alors que j'ai eu une idée complètement disruptive : prendre du Nutella. J'ai métamorphosé le paradigme de la tartine, en pensant hors de la boite. Cela m'a permis d'optimiser ma tartine de façon non-conventionnelle. En entreprise, on n'ose pas sortir de sa zone de confort et se confronter à des idées qui vont contre nos croyances. Pour ceux qui n'ont pas peur de renverser la table, un nouveau chapitre s'ouvre à vous. Je conseille mon nouvel e-book (...)"
Le slop LinkedIn, c'était devenu un meme. Mais désormais, on conseille aux chercheurs d'emploi de produire du contenu, sur leur mur LinkedIn! Sauf qu'a priori, en tant que chômeur, vous n'avez pas d'actualité professionnelle. Et sûrement pas de manière quotidienne. Mais ne vous inquiétez pas : l'IA est là pour ça. Non seulement l'IA peut vous dire quels sont les moments stratégiques pour poster, mais aussi quoi poster, afin de créer de l'engagement. De l'engagement ? Vous n'êtes pas influenceur, vous cherchez juste un emploi ! L'IA peut même vous rédiger votre publication quotidienne, avec une illustration ou un schéma.
Bien sûr, l'IA n'est qu'un outil. En théorie, vous devez retoucher et personnaliser votre publication, avant diffusion. En pratique, la plupart des gens ne s'embêtent pas et ils publient tel quel. Cela donne des posts comme cela :
" "Ce n'est pas possible. Tu ne peux pas le faire."
Pourtant, je l'ai fait.
Grâce au Nutella, j'ai pu résoudre un problème complexe.
Au petit-déjeuner, je voulais une tartine à la confiture. Un plaisir simple.
Une tartine. De la confiture.
Mais à mi-tartine, j'ai eu un problème. Un problème insurmontable. Plus de confiture.
Mon plaisir simple était contrarié.
C'est alors que j'ai trouvé une solution. Hors de la boite.
Du Nutella.
Ma tartine était complète. J'ai pu profiter d'un plaisir simple.
(...)"
Comme les conseillers emploi sont unanimes (et que l'IA est à la mode), votre mur LinkedIn est spammé de ces pavetons imbitables et impersonnels. Sans oublier les traditionnelles photos de personnages avec trois mains ou quinze doigts. Plus personne n'a envie de consulter son mur. Le réseau est conscient du problème. Il annonce qu'il va désormais écarter les messages créés sous IA. Ce n'est pas de la philanthropie : les slops font fuir les utilisateurs. Or, ce que vend LinkedIn aux annonceurs, ce sont des encarts pubs sur le mur. A quoi bon mettre une publicité là où personne ne vient ? Ironie de l'histoire, c'est une IA qui va détecter les publications réalisées sous IA.

















