On a vu le déroulé d'une mission de prestation junior. Passons à celle d'un senior. Vous serez le messie : un jour, vous marchez sur l'eau et peu après, vous finissez sur une croix, seul ! A une différence près : vous n'avez pas droit à une résurrection...
La mission
En général, l'entreprise-cliente est dans le caca jusqu'au cou. Tel service est disfonctionnel. Au début, ils ont nié les problèmes. Puis ils ont organisé des réunions. Sans succès (qui aurait pu le prédire ?) Ensuite, ils ont embauché un stagiaire. Mais les problèmes continuaient de s'accumuler.
Donc, ils ont fait appel à un prestataire senior. Avec la marge confortable du cabinet de conseil, votre taux journalier approche les mille euros par jour. Une chiffre au cœur de vos rapports avec les autres...
Démarrage
D'emblée, le ton est différent de celui d'un junior. On vous jette tout de suite dans le bain. Vous rencontrez votre N+3, voire le chef de site et tout le conseil d'administration. Il faut que vous démarriez le plus vite possible !
Au moins, le ton n'est pas aux euphémismes ! Presque tout le monde vous dit : "C'est la merde !"
Quelques semaines plus tard
Vous vous attaquez aux sujets les plus chauds. Le N+3 exige des points quotidiens. Donc vous passez presque autant de temps à résoudre les problèmes qu'à peaufiner votre PowerPoint !
Pour autant, le visage de votre N+3 se décrispe. Il vous glisse des "bons boulot".
Quelques mois plus tard
Finalement, ce n'est pas si compliqué que ça ! Une fois les principaux incendies éteints, c'est beaucoup de bon sens et un peu d'expérience.
Lors des points avec le cabinet de conseil, on vous suggère de lever le pied. Car plus vous restez, plus le cabinet empoche de commission...
Côté entreprise-cliente, on est content de vous. On parle de dupliquer votre intervention sur d'autres sites ou dans d'autres services. Vous voilà inscrit à de nouveaux groupes de travail. Votre N+1 commence à planifier ce que vous ferez l'an prochain.
La bascule
Avec ces nouvelles missions, vous découvrez le pot-aux-roses. En fait, le problème est surtout dû à vos collègues. Entre jmenfoutisme et incompétence notoire, ils ne traitent pas les sujets un peu périphériques à leur scope. Dans l'équipe, certains sont encore plus fainéants que d'autres. Dans vos KPI, cela ressort. Vous ne les avez jamais cité nommément. Mais le N+2, voire le N+3, savent bien qui est censé traiter tels sujets... La pression monte sur ces personnes. C'est une véritable fronde. Vous recevez des messages d'insulte, voire vous êtes pris à parti.
La variante, c'est le responsable d'un autre service. Lorsque votre service allait à vau l'eau, les autres n'hésitaient pas à le charger. Tous leurs problèmes étaient dus à vous ! Maintenant que votre service va mieux, l'excuse disparait. Le responsable d'un autre service se retrouve dans l'œil du cyclone, à cause de vous. Il va vous le faire payer...
Le Mont des Oliviers
Vous êtes désormais dans la ligne de mire. Le lobbying de vos collègues ou du chef d'un autre service paye : votre manager vous a sacrifié. Le moindre faux-pas est monté en épingle contre vous. Vous sentez qu'on vous mène à l'échafaud. C'est un peu Minority Report : on vous condamne pour une erreur que vous n'avez pas encore comis !
Après ce faux-pas, ça y est : vous êtes cuit. Vous étiez un employé modèle ; vous êtes désormais un incapable ou un menteur. D'un seul coup, le N+3 n'est plus disponible. Votre N+1 n'évoque plus de projets à long terme.
La suite, vous l'avez déjà vécu. Vous n'avez même pas droit à un entretien formel. Souvent, c'est lors d'un point avec le cabinet et votre N+1 qu'on vous dit : "Au fait, la mission s'arrête à la fin du mois." Ou bien, le N+1 déclare : "Grande nouvelle ! Lundi, on a un nouveau qui fera [votre intitulé de mission]."
Le Golgotah
Voilà, vous allez prochainement partir. Vous êtes la personne qui avait fauté ! Le N+3 jure que vous êtes black-listé. Vos collègues, qui ne vous ont jamais supporté, peuvent se défouler. Les autres vous fuit, comme si vous alliez les contaminer. Avec l'expérience, vous avez appris à faire le gros dos. Cette fin est pénible. Surtout s'il y a un deuxième dernier jour en vue...

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